3° PASSAGE DE LA FRONTIERE ALGERIE MAROC

   
L
e dimanche 13 mai 1956, c’est l’arrivée au port d’Oran… le soulagement ! Environ une heure avant l’arrivée du Sidi Ferruch, les éléments liquides se calment, la mer, les jaillissements physiologiques sont enfin stoppés ! Déjà les marins lavent à grande eau les ponts, les escaliers les cales, si le bateau est humide il a meilleure allure. J’ai le souvenir du Sidi Ferruch manœuvrant lentement au bord du quai.. où nous allons découvrir tout un lot de jeunes musulmans – heureux de nous voir et désireux de commercer.
Ils faisaient monter au niveau du bastingage, à l’aide de ficelles dans des paniers, des montres, des canifs, et autres objets proposés à la vente. Sur le quai, j’ai l’impression d’un sol qui se dérobe, une grande envie de boire et manger ce qui n’avait pas été possible pendant la traversée.
Transbordement immédiat, curieux : le partage des appelés entre le Maroc et l’Algérie est très précis – pas de confusion et perte de temps ! Entassement dans des wagons d’un train de marchandises, wagons spéciaux avec mention signalée – autant d’hommes et de chevaux – je ne me souviens plus du chiffre : 8 ou 12 ! indiqué ! Sur le sol de la paille bien fraîche (encore), une miche de pain, de l’eau et boites de Sardines… repas de route.
La République de la France, simple, indivisible et combien maternelle, n’avait pas prévu qu’après un tel voyage jeûné par force, ses futurs militaires pour le moment affamés auraient pu faire honneur à un repas plus consistant. Par contre, je rends hommage à la confiance qui nous a été faite, les portes des wagons ne seront pas fermées.
Le lundi 14 mai 1956 passage de la frontière à Tlemcen. La circulation en chemin de fer entre Oran et Casablanca se faisait à l’époque à l’aide d’une voie unique. A Tlemcen gare de triage (12 kms d’Oran) nous avons eu droit à une halte en plein air… et libre … l’Armée avait vraiment confiance en nous. Pendant cet arrêt, nouveau commerce avec des musulmans, boissons et autres bibelots. Quelques photographies, faites aux alentours de Tlemcen, figent une partie d’un train déraillé…la locomotrice et wagons couchés sur le ballast. Notre train et notre devenir filent, à petite allure, vers la gare de Rabat...