4° ARRIVEE AU 541° GROUPE VETERINAIRE DE TEMARA
   
Veuillez trouver ci-dessous les photos de l'entrée du poste de police de la Kasba de TEMARA telle qu'elle est aujourd'hui :

 

Le mardi 15 mai 1956 dans la nuit depuis la gare de Temara c'est un camion bâché, bien fermé qui nous transporte jusqu'aux 541° et 41° Groupes vétérinaires.
Secret ou pas secret ou crainte de voir s'échapper les précieux futurs militaires ! nous passons le poste de police en silence et le noir le plus complet. Déjà, je sens une bonne odeur de fleurs d'orangers, mélangée à celles d'émanations d'écuries et aussi un léger vent doux.
Après la montée de quelques marches, nous entrons dans un bâtiment blanc de construction moderne - délicatement niché - entre palmiers, orangers, et d'énormes bordures de géraniums.
C'est le dortoir, des lits bien alignés, des placards séparent chaque tête de lit, en guise de fenêtres des vasistas placés en hauteur enfin une grande table et bancs en bois.
Immédiatement, nous sommes présentés au chef de chambrée (un appelé) qui est en même temps l'adjoint du responsable instructeur. Personnage, par la force des choses, un peu emblématique (il était maintenu) mais à propos de quoi ?
Son éventuelle future carrière dans l'armée (il pense devenir militaire de carrière) ou le pouvoir mal compris vis à vis de notre état de jeunes recrues à la mentalité plus évoluée et quelque peu réfractaires au statut militaire. Statut d'appelé nous le comprenions, mais statut de futurs maintenus pas du tout ! . Tous, dans le civil, nous avions un travail, une profession à faire évoluer et pour certains une épouse et enfants.
Le chef de chambrée ne sera pas aimé, très souvent en opposition avec son propre responsable et quelques cavaliers appelés de notre contingent et contingents maintenus sous les drapeaux.
L'incorporation est donc effective au 541° Groupe Vétérinaire sous le commandement du
Vétérinaire Capitaine Barrairon, l'ayant vu qu'une seule fois, de lui je n'ai gardé aucun souvenir.
En fait, le 541° Groupe vétérinaire est une unité d'instruction ayant la responsabilité de la section cynophile effective pour l'Algérie. Cette unité se chargera de remettre en condition chiens et maîtres chiens venant d'Algérie. Nous verrons également beaucoup de stagiaires venant d'autres armes.
Pour nous, après l'instruction certains seront mutés au 41° Groupe vétérinaire et d'autres vont rester au 541° G.V avec peu à peu un départ pour une unité d'Algérie.
Nous devenons Cavaliers de 2° classe et touchons notre paquetage… qui restera un monumental chef d'œuvre de beauté : kaki foncé et kaki clair (pour l'hiver et pour l'été.)
La veste de la tenue d'hiver, pas du tout ajustée à nos mesures, était le symbole très précis et universel du temps passé… surtout celui d'un stock à finir !
Il y avait une capote très lourde encombrante et une formidable ceinture de zouave en tissus
de teinte rouge (heureusement jamais utilisée !)
Bien entendu la veste ne sera portée que lors de sorties ou permissions, en hiver dans le casernement le blouson est de rigueur et pour l'été la chemise doit être impeccable avec pour certains services (bureaux, infirmeries), le port de la cravate.
En ce qui concerne la capote, elle sera prêtée (choisie dans le meilleur stock) pour les voyages vers la France. Vous le devinez, partiellement mitée, parfumée à la naphtaline et comme de juste trop grande ou trop petite ! .
Le port du calot est obligatoire, mais moi je ne sais trop pourquoi, il ne sera presque jamais sur mon crâne - souvent oublié en quelque endroit ou tout simplement glissé sous l'épaulette.. Ces manquements volontaires ou non feront l'objet de légères désapprobations de la part de l'Adjudant de quartier.
Il y aura dans ce paquetage '' haut de gamme '' une paire de guêtres basses à l'ancienne en toile (comme devait avoir mon arrière-grand-père) à placer sur les brodequins pour '' pour faire bouffer '' les bas du pantalon.
Et un autre genre de guêtres hautes nommées ''houseaux''en cuir noir, destinées à remplacer les bottes en s'ajustant sur la jambière de la culotte de cheval.
Une assez moderne tenue de combat avec le casque sous résille verte, une gourde, une gamelle et quelques autres ustensiles issus des stocks de la première guerre mondiale.
Beaucoup plus tard, pour satisfaire des statistiques sur les stocks du magasin
d'habillement - j'ai pu découvrir que nos effets provenaient d'un invraisemblable mélange de liquidation de régiments spahis et zouaves !
Le nominatif de nos recensements devait de façon concrète réformer peu à peu le stock (même en sous-vêtements.).Dans le courant 1958, la veste va disparaître au profit du blouson en laine (de meilleure qualité et coupe) mais qui ne sera toujours pas prévu aux bonnes tailles.
Il a fallu ''arranger '' nos bas de pantalons qui avaient une coupe jugée trop bouffante comme cité plus haut et pour rester en accord avec le port ''élégant de la guêtre'' !
En permission à Casablanca ou à Rabat, les militaires d'autres unités se moquaient franchement de notre tenue démodée! aussi, très rapidement nous avons repris la tenue civile pour nos sorties.
Par contre lors de permission en France, cette veste était confondue avec celle des Sous Officiers de carrière… ce qui nous valait le salut militaire par les autres armes !
En fait le stock du magasin d'habillement aurait pu être utilisé par le théâtre des armées ou municipaux tant il était disparate !
Nous allons également ''émarger au budget'' de l'état avec quelques francs pour solde, quelques paquets de mauvais tabac et des cachets de quinine pour lutter contre le paludisme, médicamentation que certains vont confondre avec le bromure.
A ce propos - à un moment donné - le vin servi à la cantine avait des vertus calmantes !
Finalement le choix des boissons s'est fixé sur bières, orangina, eau, café et thé à la menthe.

J'apporte ces utiles précisions :

Le 541° Groupe vétérinaire sera muté en Algérie le 6 septembre 1957.
Le 41° Groupe vétérinaire sera dissous au Maroc le 2 février 1961.

(Archives consultées au Château de Vincennes )

Au printemps et en hiver
les cigognes se regroupent
au maroc.
Dans la kasba de Temara,
elles ont le " Centre de
remise en forme ! "
Et des soins en cas de nécessité.