Le casernement est situé au centre de la localité
de Temara (à 1 kilomètre de la plage), dans
une kasba (sorte de fort qui a conservé ses remparts).
Autrefois résidence de la tribu des Oudaïa -
dite ''guich'' qui bénéficiait de la part
du Sultan de terres et d'exonération d'impôts,
mais qui devait en échange lui fournir des troupes
en cas de nécessité.
Elle possède une petite mosquée agrandie vers
1900 par Moulay Abd El Aziz et le Marabout de Sidi Lachène
(pèlerinage chaque mois d'août) et un Minaret.
Aujourd'hui la kasba abrite
avec beaucoup de bonheur l'Ecole Royale de Cavalerie
Pour la fin de cette année un récit spécial
relatera cette nouvelle orientation.
C'est une véritable citadelle, hauts murs
à créneaux, tours de garde deux portes anciennes
!
L'une à usage militaire avec son poste de police,
deux salles de garde et une prison.
L'autre utilisée par des Musulmans se rendant à
la Mosquée, suite à l'appel du Muezzin qui
du haut du minaret lance l'incitation à la prière.
Chaque vendredi après l'invitation du Muezzin,
les civils Musulmans franchissent les doubles grilles.
Enveloppés dans la gandoura (vêtement souvent
en coton sans manches, tenant à la fois de la chemise
ou de la tunique) ou en djellaba chamarrée.
Le cortège uniquement composé d'hommes est
lent, joyeux, plein de sons gutturaux avec une forte exhalation
du célèbre parfum ''Rêve d'Or''.
A l'entrée de la Mosquée sur le sol peu
à peu se matérialise un splendide tapis
de babouches en cuir de toutes formes et couleurs.
L'alignement de toutes les babouches va générer
pour l'autorité militaire des statistiques de fréquentation
du lieu religieux. Il aurait été plus simple
de compter les visiteurs dès l'entrée -
puisqu'un garde armé était présent
- mais il fallait rester subreptice !
Le samedi autour de la kasba s'installe le souk (marché)
(nhar es-sebt - marché du samedi).
Petit mais bien approvisionné quelques commerçants
artisans et vendeurs groupés par spécialités
et corps de métiers (épices, travail du
cuivre, du cuir et poteries. Pour s'y rendre les femmes
musulmanes longent la façade Nord de la kasba.
Elles sont en jellaba blanche, bleue ciel ou marron -
voilées les mains et les pieds passés au
henné.
Elles portent de lourdes parures en or ou argent : complément
indispensable du costume. Objet du paraître le bijou
protège tout en gardant un rôle économique.
Propriétaire des bijoux, le mari en achètera
à titre de placement… et les vendra en cas
de besoin. Le port d'une plaque pectorale ou d'une fibule
indiquera la condition de femme célibataire ou
mariée. Les bijoux berbères sont lourds
et ostentatoires, ils sont presque tous en or, argent
parfois : rehaussés de perles en verre coloré,
de corail ou d'ambre. En groupe ces femmes sont très
volubiles, parlant fort, un panier ou un ballot sur la
tête, un enfant placé sur les épaules…
elles ont le pas rapide. Placé entre deux voiles
le regard est noir, ardent ! Une ribambelle d'enfants
tourne joyeusement autour.
Quelquefois de petits ânes équipés
- d'une selle de bât - mais lourdement chargés
précédent leurs maîtres vers le marché.
A l'intérieur de la kasba les bâtiments militaires
(anciennes ou nouvelles constructions) sont entourés
de magnifiques jardins avec orangers, palmiers, dattiers,
rosiers, eucalypus, bougainvilliers, et grandioses massifs
de géraniums.
Un véritable paradis, fierté de l'autorité
militaire Française, paddocks, jumenterie, écuries,
bureaux, chambrées, selleries, armurerie, forge,
foyers des militaires, cuisines, réfectoires, salle
de cinéma sont soulignés par de généreuses
et spectaculaires pelouses à l'herbe épaisse
bien verte… lesquelles pelouses sont cernées
de pierres peintes à la chaux. Le tout entretenu
avec ponctualité par des militaires marocains spécialistes
des travaux de culture. Chaque pelouse n'est pas tondue
mais taillée avec de grands ciseaux ! Pas un brun
d'herbe ne dépasse l'autre. Je souligne également
un arrosage à la main, journalier et dosé.
Au sommet des palmiers, en haut du minaret, et sur quelques
toits logent des cigognes majestueuses, mais très
bruyantes lors de leur concert de claquements de bec.
Oiseau de bonne augure la cigogne fait l'objet de différentes
légendes attestant ses rapports étroits
avec l'homme. La présence d'un nid de cigognes
sur une maison est considérée comme bénéfique.
D'anciens marocains affirment que l'oiseau lors de sa
migration effectue un pèlerinage à la Mecque.
La prison…(à deux cellules) ressemble étrangement
à celle du masque de fer !
Obscure, porte solidement verrouillée. Endroit
sinistre qui a connu quelques pensionnaires difficiles
à gérer.
A l'entrée de la kasba, un peu en hauteur, bien
placée et surtout bien protégée,
la résidence de notre chef de corps.
Les autres officiers sont logés avec leurs familles
à l'extérieur de la Kasba, au bord du Douar
à proximité du système militaire.
Les villas sont confortables entourées de jardinets.
Le Douar par lui-même regroupe des tentes, des masures
construites en pisé (mélange de terre humide
argileuse, mélangée à de la paille
et du gravier) où logent les militaires marocains.
Au centre du Douar un tombeau peint en blanc, qui je pense
est celui de Sidi Lahcène.
Un superbe bâtiment blanc (d'ailleurs le seul à
cette époque) est l'école officielle, (dans
les nouvelles installations d'après 1959 le tombeau
sera mis en valeur et toujours vénéré
avec une estime respectueuse.)
Je tiens à signaler qu'en extra muros
de la kasba : Temara est devenue une grande ville, sa
plage est la plus courue du sud de Rabat, on n'y compte
plus les villas et les petits cabanons où viennent
se détendre les habitants de la ville de Rabat.
Très franchement j'ai été
surpris lors de ma visite en mai 2001, par la nouvelle
et solide structure de cette ville de la côte atlantique.
Allure de grande ville mais aussi station balnéaire
assez huppée à l'échelle humaine.
Le long de la route côtière, il n'est pas
rare de voir des pêcheurs proposer des poissons
d'une pêche récente.