5° LE CASERNEMENT
   
Le casernement est situé au centre de la localité de Temara (à 1 kilomètre de la plage), dans une kasba (sorte de fort qui a conservé ses remparts).
Autrefois résidence de la tribu des Oudaïa - dite ''guich'' qui bénéficiait de la part du Sultan de terres et d'exonération d'impôts, mais qui devait en échange lui fournir des troupes en cas de nécessité.
Elle possède une petite mosquée agrandie vers 1900 par Moulay Abd El Aziz et le Marabout de Sidi Lachène (pèlerinage chaque mois d'août) et un Minaret.

Aujourd'hui la kasba abrite avec beaucoup de bonheur l'Ecole Royale de Cavalerie

Pour la fin de cette année un récit spécial relatera cette nouvelle orientation.

C'est une véritable citadelle, hauts murs à créneaux, tours de garde deux portes anciennes !
L'une à usage militaire avec son poste de police, deux salles de garde et une prison.
L'autre utilisée par des Musulmans se rendant à la Mosquée, suite à l'appel du Muezzin qui du haut du minaret lance l'incitation à la prière. Chaque vendredi après l'invitation du Muezzin, les civils Musulmans franchissent les doubles grilles.
Enveloppés dans la gandoura (vêtement souvent en coton sans manches, tenant à la fois de la chemise ou de la tunique) ou en djellaba chamarrée.
Le cortège uniquement composé d'hommes est lent, joyeux, plein de sons gutturaux avec une forte exhalation du célèbre parfum ''Rêve d'Or''.
A l'entrée de la Mosquée sur le sol peu à peu se matérialise un splendide tapis de babouches en cuir de toutes formes et couleurs.
L'alignement de toutes les babouches va générer pour l'autorité militaire des statistiques de fréquentation du lieu religieux. Il aurait été plus simple de compter les visiteurs dès l'entrée - puisqu'un garde armé était présent - mais il fallait rester subreptice !
Le samedi autour de la kasba s'installe le souk (marché) (nhar es-sebt - marché du samedi).
Petit mais bien approvisionné quelques commerçants artisans et vendeurs groupés par spécialités et corps de métiers (épices, travail du cuivre, du cuir et poteries. Pour s'y rendre les femmes musulmanes longent la façade Nord de la kasba. Elles sont en jellaba blanche, bleue ciel ou marron - voilées les mains et les pieds passés au henné.
Elles portent de lourdes parures en or ou argent : complément indispensable du costume. Objet du paraître le bijou protège tout en gardant un rôle économique. Propriétaire des bijoux, le mari en achètera à titre de placement… et les vendra en cas de besoin. Le port d'une plaque pectorale ou d'une fibule indiquera la condition de femme célibataire ou mariée. Les bijoux berbères sont lourds et ostentatoires, ils sont presque tous en or, argent parfois : rehaussés de perles en verre coloré, de corail ou d'ambre. En groupe ces femmes sont très volubiles, parlant fort, un panier ou un ballot sur la tête, un enfant placé sur les épaules… elles ont le pas rapide. Placé entre deux voiles le regard est noir, ardent ! Une ribambelle d'enfants tourne joyeusement autour.
Quelquefois de petits ânes équipés - d'une selle de bât - mais lourdement chargés précédent leurs maîtres vers le marché.
A l'intérieur de la kasba les bâtiments militaires (anciennes ou nouvelles constructions) sont entourés de magnifiques jardins avec orangers, palmiers, dattiers, rosiers, eucalypus, bougainvilliers, et grandioses massifs de géraniums.
Un véritable paradis, fierté de l'autorité militaire Française, paddocks, jumenterie, écuries, bureaux, chambrées, selleries, armurerie, forge, foyers des militaires, cuisines, réfectoires, salle de cinéma sont soulignés par de généreuses et spectaculaires pelouses à l'herbe épaisse bien verte… lesquelles pelouses sont cernées de pierres peintes à la chaux. Le tout entretenu avec ponctualité par des militaires marocains spécialistes des travaux de culture. Chaque pelouse n'est pas tondue mais taillée avec de grands ciseaux ! Pas un brun d'herbe ne dépasse l'autre. Je souligne également un arrosage à la main, journalier et dosé.
Au sommet des palmiers, en haut du minaret, et sur quelques toits logent des cigognes majestueuses, mais très bruyantes lors de leur concert de claquements de bec.
Oiseau de bonne augure la cigogne fait l'objet de différentes légendes attestant ses rapports étroits avec l'homme. La présence d'un nid de cigognes sur une maison est considérée comme bénéfique. D'anciens marocains affirment que l'oiseau lors de sa migration effectue un pèlerinage à la Mecque.
La prison…(à deux cellules) ressemble étrangement à celle du masque de fer !
Obscure, porte solidement verrouillée. Endroit sinistre qui a connu quelques pensionnaires difficiles à gérer.
A l'entrée de la kasba, un peu en hauteur, bien placée et surtout bien protégée, la résidence de notre chef de corps.
Les autres officiers sont logés avec leurs familles à l'extérieur de la Kasba, au bord du Douar à proximité du système militaire. Les villas sont confortables entourées de jardinets.
Le Douar par lui-même regroupe des tentes, des masures construites en pisé (mélange de terre humide argileuse, mélangée à de la paille et du gravier) où logent les militaires marocains.
Au centre du Douar un tombeau peint en blanc, qui je pense est celui de Sidi Lahcène.
Un superbe bâtiment blanc (d'ailleurs le seul à cette époque) est l'école officielle, (dans les nouvelles installations d'après 1959 le tombeau sera mis en valeur et toujours vénéré avec une estime respectueuse.)

Je tiens à signaler qu'en extra muros de la kasba : Temara est devenue une grande ville, sa plage est la plus courue du sud de Rabat, on n'y compte plus les villas et les petits cabanons où viennent se détendre les habitants de la ville de Rabat.

Très franchement j'ai été surpris lors de ma visite en mai 2001, par la nouvelle et solide structure de cette ville de la côte atlantique.

Allure de grande ville mais aussi station balnéaire assez huppée à l'échelle humaine.
Le long de la route côtière, il n'est pas rare de voir des pêcheurs proposer des poissons d'une pêche récente.