9° LE BUREAU DES EFFECTIFS
   
C’est mon entrée au Bureau des effectifs

Secrétariat – Gérant financier du foyer – responsable cinéma et de l’équipe de foot.


A la fenêtre du Bureau des Effectifs

Mission : mise à jour des livrets militaires et d’instruction des humains et également des carnets de santé des chevaux, mulets etc... Ces animaux venaient d’autres unités basées en Algérie ou tout simplement suite à de récents achats.
Inventaire, soins, vaccinations, mises à la retraite et lors d’achats.. nom de baptême pour l’animal ! Un souvenir : une brêle venant d’Algérie avait eu une citation militaire.
Scrupuleusement, tout était noté ; race – teinte de la robe – particularités – traitement médical à faire – vaccinations et rappels. Tout un travail de bureau méthodique avec écriture à la main (encre et plume.)

Gestion des permissions de courtes et longues durées, ordres de mission – main courante des moindres faits du PC – contrôle des punitions.
Aussi la surveillance des notes et ordres de services échangés, et tri des courriers venant de Rabat.
Le Bureau des effectifs est autonome bien que placé sous la responsabilité du Commandant chef de Corps, lequel ne s’immisce jamais dans la gestion du service réalisée par l’Adjudant chef.
Tout est secret et doit rester secret… il y a même une sorte de code – mis à l’épreuve – hermétique et infaillible !
Comme indiqué, c'est l’Adjudant chef qui est le grand manitou du Bureau des effectifs, Personnage froid, hautain, cérébral, cultivé… quelquefois sympathique, excellent cavalier, il montait en concours hippique (sauts d’obstacles) et comme de bien entendu… il brillait dans cette discipline.
A peine installé je suis détaché du lundi 30 juillet au lundi 1° octobre 1956 dans le Service Vétérinaire de Casablanca. Ma qualité de vaguemestre, me fait circuler dans Casablanca (je visite entièrement la Ville) – me prépare à un travail minutieux de laboratoire et même à un apprentissage dans l’art de la diplomatie.

Retour à Temara, attribution d’une petite chambre où je suis seul (j’ai aimé) et retour au Bureau des Effectifs. Le secrétaire Joseph Fayolle qui m’avait mis au courant libéré, m’avait laissé une pile de livrets à mettre à jour : plus de 300 brêles, mulets, 150 chevaux et un relevé de vaccinations à gérer… une situation impressionnante.

Notre Adjudant chef étant en permission en France je me suis lancé à fond dans cette débandade… me demandant parfois où j’allais aboutir. J’ai eu de véritables moments d’angoisse, après la soupe du soir il fallait revenir au bureau mais peu à peu, la situation a été redressée. Finalement, je m’équilibre bien, j’avais la situation en main et une bonne carte à jouer. J’installe sur le mur, un tableau divisé en colonnes, chaque jour, je manœuvre les animaux de la case …instance, infirmerie, en soins et traités. Chaque jour, Le Colonel, les Vétérinaires viennent se documenter sur l’avancement ‘’ des troupes ‘’ !

A différentes reprises depuis la France l’Adjudant chef prendra contact et demandera où j’en suis.

Longtemps après mon retour à Temara, - je trouve dans un tiroir un mot de J.Fayolle : Jacky Dolignon m’avait dit de t’écrire mais tu sais bien qu’à l’Armée les ordres soient faits pour n’être exécutés qu’avec beaucoup de retard et d’imperfection. Je serai très bref faute de temps, je te quitte aussi sec et à bientôt ! Quand aurons-nous le plaisir de se revoir ! signé Fayolle

Je n’ai pas connu son devenir, un séjour à l’Hôpital Avicenne de Rabat, peut être la réforme, dans le civil il préparait des études religieuses. Après avoir repris la suite de ses travaux, conduits sous forme d’esclavage, je me suis rendu compte de son naufrage irrémédiable.

Rapidement je passe l’examen de Secrétariat comptabilité (après stage du mardi 10 au vendredi 13 décembre 1956 – un résultat honorable 14,07 sur 20)

La confiance avec l’Autorité militaire va se fortifier, l’ordre dans le bureau va prévaloir. Chaque jour, il me sera permis de monter à cheval avec ou sans l’Adjudant, ce sera la consécration personnelle.
Quant à lui, il va continuer de noircir des pages, pour préparer des notes de service, mais aussi des pages destinées à une passion lointaine…tirant toute la fumée d’une cigarette, toujours renouvelée. Il me laissera une réelle autonomie pour gérer mon travail aux effectifs et celui de la gestion du Foyer, du Cinéma et de l’Equipe de Football… actions qui s’ajoutent et ne sont pas pour me déplaire ! fayot non … désireux d’être occupé, mais aussi de servir les autres.

Le foyer véritable petit nid secret, niché dans la verdure au pied du minaret, avec bar, salles de jeux et lectures, patio ombragé était très prisé par les Cavaliers et Brigadiers. Un véritable bazar avec de bons produits. La gestion contrôlée (achats-ventes) par l’Intendance de Rabat, était facile… un bon calcul me permettait de faire le casse croûte pas cher et copieux !

Il y avait le Cavalier Belin, excellent barman, discret, efficace et j’espère que dans le civil il a pu continuer ce métier.

A propos, en 2001 je suis retourné à Temara, invité par les Officiers Marocains j’ai retrouvé avec émotion le Foyer. Mais vous le devinez, ce foyer est devenu plus confortable.

Jamais l’Adjudant ne fera opposition et objection à mes propositions d’actes sociaux relatifs à des Militaires du Contingent (prêts légers d’argent ou autre).

Dans ce bureau va perdurer jusqu’au mardi 22 juillet 1958 – jour de la quille – un imposant travail. De part et d’autre sans bavure, sans le moindre reproche… en fait, j’avais affaire à un perfectionniste.

Il y avait entre l’Adjudant Chef et moi un fluide silencieux presque mythique encourageant la compétence et le contrôle de soi, laissant la place aux initiatives personnelles. Il aimait, malgré de louables efforts, rester en dehors des problèmes. Pour lui le détachement était un brevet d’excellence.

La veille de mon départ, il va me noter avec une exactitude précision et impartialité et fera ressortir ma prédisposition à la critique.

Tout en commentant ma petite carrière militaire, il transcrira sur le livret militaire et celui d’instruction, de sa main et devant moi le résultat de son commentaire me concernant. A ce sujet, jamais il ne remplissait lui-même ce genre de carnet !

Mettant un terme à l’entretien, ce qui était un adieu, il me serrera la main… ce n’était pas son geste habituel ! et refusera de venir à l’apéritif de départ.

Le bâtiment administratif du 41° G.V entouré d’une végétation luxuriante (il a été conservé tel quel !), comprenait : le bureau du Colonel, de la gestion, des effectifs, du matériel, du standard téléphonique, et une salle réunion.
Dans cet ensemble, deux éléments folkloriques à signaler.. le planton Marocain Larbi que l’on ne trouvait jamais et la chatte Minette, qui elle était toujours présente dans son rôle de greffière au-dessus de l’une des armoires du bureau des effectifs.